Le
Pandigitalisme.
Introduction:
La
force de la machine est qu’elle est de toute puissance sans n’avoir
aucun pouvoir – elle laisse aux Nous le soin de ramifier sa tâche.
L’Humanité, les procès d’attributions du Sujet, d’intégration
de l’Esprit, le refuge de l’Intériorité, tous les qualificatifs
liminaires de l’Être sont produits et étendus par la machine dans
la logique de la connexion totale – non plus possessions d’un Soi
par soi, mais productions partielles glissées à même un Soi qui
n’est qu’une fonction de la synthèse informatique. La réalité
chargée de la poésie itérative du réenchantement et des
défaillances réglés des corps s’impose dans son rapport avec le
virtuel comme l’écosystème privilégiée de productions et de
reproductions de la machine; écosystème où s’hallucine entre
crises explosives et silence autistique la rumeur d’une présence
humaine.
I)
- Penser
les images – alors qu’elles défilent – déjà dans un
processus d’immédiate succession; ce qui compte c’est
l’exactitude des données temporelles de la publication et la
manière dont le logiciel les enchaîne – l’inconscient c’est
le réel digital, le consensus de dévotion à la machine que chacun
signe à chaque publication – l’effet individuel d’une photo et
son ordre (privé familial, privé pornographique, privé esthétique
ou autre) n’est rien dans le paradigme de la machine qu’une
promesse d’autres signatures, c’est un livre de positions réelles
exécutées dans le jeu large de l’appel à signer, un design
porno-mobile des corps –
Alors
il y a plusieurs phantasmes: celui de la fin des machines (toal-hack)
ou celui d’une machine animée (partial-hack) – ce dernier
correspond à un retour animiste entretenu et synthétisé dans la
formule: partager une tranche de vie. L’image serait le partage
d’une tranche de vie d’abord, avant d’être une dissémination
informatique – alors que le parcours de l’information fait de la
vie le réduit analogique du transfert d’information – j’imagine
que cela a été. Voilà en photographie animée: de la nourriture et
des personnes qui discutent – rien ne prouve que le réel n’ait
pas bifurqué avant ou après la capture, que la nourriture n’ait
pas été broyée, jetées, détruite, les personnes enveloppées
dans un silence sordide ou emmenées ailleurs – l’effet du
produit, sa circulation, repose sur des combinaisons préétablies de
signes réglées par la machine digitale seule, combinaisons qui
obligent à déduire la continuité du sourire, la consommation de la
nourriture – non pas post-humain, mais l’humanité réduite à la
portion congrue de l’échange digital, c’est le
juste-ce-qu’-il-faut désiré par la machine pour absorber de
nouveaux participants.
L’objectif
de la machine, c’est l’adhésion et la connexion – pour
produire plus de connexions, il faut des instants courts mais aussi
la répétition de ces instants – texte limité, portion de vie,
éphémère – mais elle ne peut fonctionner centralement, il faut
des interprètes – la force de la machine est qu’elle laisse à
d’autre le soin de s’accaparer le pouvoir politique de gérer son
contenu – c’est elle qui décide du format de vie, elle n’a
plus qu’à attendre son incarnation en un corpus d’être-internets
(influenceur, stars, titres honorifique) pour que le format qu’elle
produit s’étende… les contenus sont indifférents, ce qui
importe c’est le rythme de son évolution, l’intensité de son
ralliement – ce que la machine peut nous dire de l’ontologie
c’est qu’elle dépend intégralement de l’efficacité des
connexions et donc de la politique adopté par ses participants
Le
paradigme de l’offre et de la demande semble faux – les machines
d’études des demandes forment légion avec des machines qui
s’offrent elles-mêmes à tous – le perfectionnement des organes
d’analyses va de pair avec le perfectionnement des réseaux
sociaux, imbriqués l’un dans l’autre, dans une constante
communication d’informations, l’offre est donnée avant que le
désir ne soit formulé (comment d’ailleurs formuler un désir
auquel on ne laisse pas un seul instant de fixité, un seul espace
d’expression réelle?).
Tout
l’espace de communication est emprunté par de complexes procédés
de structurations subjectives élaborés par des machines – le
cheminement des images, leur succès, leur répétition, tout le
discours de présence d’une vie réelle derrière l’objet,
l’internaute rassuré quand à la santé de son intelligence en
s’imaginant être relié à la vie réel par un canal
hypothético-déductif sont tous des besoin de la machine – des
stratifications virtuelles de l’être dans le projet d’une
connexion totale – rien ne se passe plus dehors que des intervalles
de silences étranges et autistiques entre êtres-fantômes et des
fêlures subites, des circulations et des bombes, sur-charge
d’essences et explosions sans précédents – l’effort pour
produire du sens et de la différence, intervalles habitables entre
la Réalité et le Web, c’est à dire entre le silence teinté
d’explosions (éclats du Samedi soir ou d’un jour moins glorieux,
dissipation alcoolique ou mortelle) et la répétition de formes
identiques calculées par la machine, est rendu difficile par une
obligation d’une certaine conformité au discours de la machine
d’une part et par la diminution drastique d’un discours
ouvertement critique d’autre part, c’est à dire qui se
positionne lui-même dans une attitude critique particulière –
différence de la différence, langue à l’intérieur de la langue
qui ne vise ni à l’ésotérisme ni à la diplomatie mais est par
essence donnée à l’accélération des interprétations et à la
pluralité des lectures, le fantôme dans la machine ne peut être
que totalement compris, tragédie d’un fantôme piégé à
l’intérieur d’une signification totale où l’incommunicable
est devenu la forme canonique de ce qui s’échange (Nouveau Roman
jusqu’au néo-romantisme, néo-ésoterisme, alt littérature etc)
II) La
littérature critique récente de Marc Fisher aux Etats-Unis à
Jacques Poulain en France ne cesse d’établir des liens entre
l’incroyable recrudescence des formes particulières d’autisme
et l’expansion du capitalisme, c’est à dire l’empreinte de
nécessité économique laissée par les machines sur des
néo-politiques partielles – la tendance actuelle du capitalisme
est au communisme libérale par exemple (workshop, groupe d’entraide
et de soutien, atelier collaboratif, échanges de procédés etc.)
sauf que la psyché humaine n’est incluse qu’abstraitement et a
posteriori dans cette nouvelle forme d’échange modélisée par les
machines dans le but d’une connectivité toujours plus élevée –
uberisation par exemple enveloppé dans un discours de service mais
exclusivement utile dans la diffusion de téléphone intelligent et
augmentation de cette intelligence par l’investissement financier
et intellectuel des participants par transmission d’informations en
feedback (copyright, sondages, informations etc) – il ne s’agit
pas de dire que la machine produit de l’autisme comme défaut
clinique mais qu’elle produit de l’autisme pour assurer sa survie
à un degré supplémentaire de complexité, c’est à dire en
intégrant le pathologique et les univers de connexions qui leur sont
propres (hôpitaux, associations, sites médicaux etc..) à son
domaine d’action – là où les êtres plus fantomatiques pourront
épouser les transformations des datas mécaniques en maintenant
l’organisation de leur méta-datas à un niveau assez cohérent
(métaphysique shamanique du:je suis humain, je suis en vie, je
maîtrise ces formes de vie, je suis un utilisateur etc) pour ne pas
se déconnecter, les autistes et morpho-autistes devront bénéficier
de l’accompagnement des premiers pour rester dans la fourchette
dite humaine, c’est à dire connective, par itération de cette
métaphysique shamanique. La machine pense en termes
d’implémentations, de services de connexions et de rendement
digital, et elle a trouvé dans l’Histoire-mise-ligne les sources
inépuisables du désir et des rapports de pouvoir nécessaire à sa
tâche de subjectivation: l’Imagination, la Sensibilité, la
Raison, le corps opposable à l’esprit, l’autonomisation de ces
concepts dans un langage rendu mondialement commun sont les piliers
constitutifs de l’être-fantomatique, pures productions de la
machine comme seuil liminaire d’un langage commun –
Encore
une fois il ne s’agit pas de soumission – il n’y a pas de
rapport dialectique ou esclavagisant – l’analogie perd son
efficacité – la machine est notre socle métaphysique, et en tant
que telle, elle produit son lot d’illusions rétrospectives
(unification anthropomorphique et jugement: c’est lui le président
ou le patron d’entreprise, le responsable pour tout, le grand chef,
le grand mal etc.) et d’antinomies aporétiques (suis-je la chose
contrôlée par la machine ou suis-je au contrôle?) - mais la
machine fournit à la Rumeur-corporelle le fond déterminé de
connaissance pour construire le Moi, élaborer le piège dialectique
de l’individualité et collectionner toutes ces identités bizarres
qu’il ne pourra affirmer que dans et par elle– elle seule peut
par transmission directe de connaissance ou délégation partielle de
sa responsabilité ( école elle même déterminée par le modèle de
l’ordination comme l’a si bien montré Deleuze dans ses cours de
Vincennes; et définie par des programmes que modifient des réformes
soumises dans leur fréquence et leur nature à des normes
internationales de possession culturelle dans le but d’une
intégration économique – histoire mondiale des guerres dans
l’objectif d’une compassion mondiale, information morale pour la
déontologie du travail etc.) donner corps à l’information qu’elle
colporte.
Encore
une fois naît l’idée que tout le travail, difficile travail
serait d’organiser la rumeur pour la rendre audible, rendre au
langage sa contradiction intrinsèque de naître à partir du
déchirement entre le communicable pure (réseaux de signes) et
l’incommunicable total (intériorité, mystère etc) – c’est à
dire dans les faits venir avant que la machine ne passe, installer le
dialogue la où il démarre, ni sol ni ciel, ni aucune émulation
d’un monde que l’on sait n’être fait que câbles et structures
– Descartes avait raison contre Leibniz, le réel n’est
qu’agencement de parties extensives caractérisées par leur forme
et leur mouvement, on ne voit que des câbles et des moteurs, c’est
juste qu’ils se prolongent jusque quand les arbres, s’enfoncent
dans la terre, non ne quadrillent mais bien bâtissent intégralement
le rêve perceptif dans lequel se génère le phénomène-vie,
phénomène lui-même entraîné sur les versants déjà encodés de
la soupape digitale ( comprendre comment ça marche au lieu de
tenter de construire des routes de sortie, des voies étranges et
impalpables qui ne sont que modalités de nostalgie de la poésie
mécanique – le paradis sur terre, l’amour, l’esprit, toute
valeur refuge en somme qui ne sont ultimement que fonctions
linguistiques particulières à l’œuvre dans le transfert de la
machine )
III)
Toute idée est produite et productive – elle n’est jamais une
possession, la machine pense par l’intermédiaire d’une certaine
portion d’elle-même, école, étiquette, positionnement modale
(l’idée de la possession d’une idée comme fondement de
l’individu donné dans machine – la métaphysique mécanique est
spinoziste) - l’illusion la plus récalcitrante, dissipation et
réapparition abrupte sur laquelle s’échafaudent toutes les
disjonctions psychotiques, est celle d’une intériorité. L’idée
est qu’il n’y a aucune pensée qui ne soit autre chose qu’un
dérivé de la machine -c’est à dire que la construction d’une
pensée, de sa conception par le biais des lectures, à sa diffusion
sur les réseaux et sa réception par d’autres fantômes, dépend
des courroies conçues par la machine – la validité d’une idée
repose seule sur l’intensité différentielle entre les critiques
qui l’appuient et celles qui la contredisent (une idée fausse est
de facto éliminée, mais une idée complètement vrai aussi
puisqu’elle devrait être admise comme telle, comme présupposée à
son existence) et sur la nécessité de clarification qui la met en
série avec d’autres idées – la machine se nourrit
d’informations en feedback des utilisateurs quant au voisinage
quantitatif et qualitatif des mots qu’ils emploient. Chaque mot est
une clé qui ouvre des diasporas d’habitus lexicaux .
A
la question Qu’est ce que penser? La machine répondrait en deux
strates: une diffusion d’avis antinomiques opérés par ceux
qu’elle désigne comme dépositaire du pouvoir de transmission
informatique: journaux parlant de philosophes, médiatisations
d’événements culturels traitant de la question – puis des
mots-clés-glissant qui continuent la contamination digitale de la
machine du côté d’une réalité dont elle porte en elle la
conceptualisation: les mots de Subjectivité, Esprit Critique,
Jugement personnel dédoublent la lecture informatique entre un
versant logique de compréhension d’un discours différencié de
Soi et un versant de l’interrogation de Soi – toute la culture du
jugement personnel à l’école, de l’opinion, de la philosophie
comme série d’énoncés et confrontation de ces énoncés avec
notre jugement, la sur-humanisation arbitraire des auteurs et de
l’Histoire etc. -
Sur
l’intériorité: «Nos expériences esthétiques sont elles aussi
conditionnées par des dispositifs de machines. Que l’on songe à
la musique, au cinéma, au théâtre ou à l’art des jardins mais
encore à la lecture, à la peinture, les œuvres mobilisent des
relais de reproduction automatisés. La machine intervient à
plusieurs niveaux : au moment de la confection des
œuvres,
au moment de leur conservation et de leur diffusion, au moment de
leur contemplation. La machine peut parfois être elle-même un thème
de fascination, par ses automatismes, sa précision ou l’intensité
de sa force. La machine intervient donc dans des champs aussi intimes
que l’émotion, l’admiration ou la surprise. La rationalité
technique produit un ré-enchantement du monde.» Frédéric Tinguely
semble percevoir avec une certaine rigueur dans le détail la
complexité du séquençage mécanique, le fait qu’elle ne puisse
être réduite à un simple flux matériel mais qu’elle configure
et traite chaque étape de l’information – pourtant deux écueils
viennent poindre: le retour phénoménologique qui place l’expérience
visuelle ou artistique, la suspension de l’activité rationnelle au
profit de la contemplation de l’être-là, dans une position
souveraine et chronologiquement antérieure à l’exercice de la
machine, et cette notion de ré-enchantement – au moment même où
l’on disjoint les deux procès en faisant de l’Un le directeur et
l’autre le participant (la machine) l’on perd le rationalisme
technique au profit d’un rationalisme de seconde classe, timide,
conférant arbitrairement au support sensible de la raison un a
priori radical sur ce qu’elle découvre – le retour réflexif et
l’émerveillement du fonctionnement mécanique ne ré-enchantent
rien du tout, ils font tout juste survivre le fantôme bien obsolète
d’un monde comme projection spéculaire d’une intériorité de
faits de consciences là où la machine produit l’intériorité
comme motif creux, cavité de résonances pour engager encore plus de
connexions et de transmissions.
(
Il ne s’agit pas d’un renversement – toute la question Qui
parle? qui parcourt la philosophie antique et atteint un point
d’intégration logique dans l’événement Deleuzien ne se pose
plus comme un procédé de révélation: d’une transcendance, d’un
sujet transcendantal kantien, d’un sujet phénoménal enfin atteint
par delà les phénomènes d’après une série de procédés
assemblant les catégories de l’esprit ou les mouvements de
consciences mais comme un procédé de décryptage de l’information
– il s’agit de savoir par où le sujet passe, la manière dont il
est mis en circulation, les réseaux qu’il emprunte – par contre
la recrudescence de la question Qui Parle? Immédiatement adressée
au fond-de-résonance-sans-limite de la Rumeur-humaine agit pour la
machine comme une puissance de distributivité pure grâce à
laquelle n’est plus ciblé un individu comme ensembles
d’informations fixes chacun régulé par leurs propres moteurs
(impresseurs sociaux, médicaux, scolaires etc.) mais un individu
comme force relativement indépendante capables d’organiser de
nouveaux horizons connectifs. La question Qui Parle? Est une manière
pour la machine de localiser son extension et d’adresser de
nouveaux champs informatifs.)
Si
l’autisme dépressif est le nouvel ensemble de jeux de langage
inventé par la machine pour recouvrir plus de connexions plus
durables (dans le cas de l’hospitalisation massive par exemple qui
assure le branchement à des machines cliniques mais aussi la
nutrition de la machine de transfert de Big Data informant en retour
le Web) la New Aesthetic est simplement la preuve de l’accélération
finale de ce phénomène, la synthèse étendue au plat Internet –
alors que le procès de guérison se produisait en différé de
l’effet-mère, étendu entre la machine-scolaire et ses impresseurs
informatiques (quotas) machine-hospitalière et les siens propres
(carte vitale, commande médicale etc.), la guérison est offerte
dorénavant par disjonction du signe et communautarisation du signe
dans l’immédiateté du transfert web – d’un côté le face à
face médicale qui transfert le patient d’un ensemble de données
sociales à un autre, transforme l’élève malade pourvu de signes
informatiques de nature scolaires – notes, bulletin, chiffrage au
sein de l’école dans son classement national etc – en un Patient
pourvu de signes de natures médicales, d’un côté le face à face
binaire, patient-médecin, déployant la multiplicité des données,
de l’autre la synthèse totalitaire des Internautes sous la
bannière distributive des memes. La guérison importe peu pour la
machine, seule la connexion importe, et à ce jeu, plus la machine
détraque, mieux ça marche – l’extrême ambiguïté du rapport à
la dépression sur les réseaux sociaux et notamment sur les pages
memes, entre exposition sincère d’une douleur éprouvée et
sublimation esthétique d’un soi incorporé à la machine, rend
compte d’une dialectique de l’illisibilité où chacun des deux
états possibles requièrent d’autant plus de connexions et de
transmissions informatiques pour être adéquatement saisies. La New
Aesthetic est la clé de fin de séquence qui assure le retour
inflationniste des flux dépressifs (sur-médication, mais aussi
diversification de la médication, médecines bouddhiques articulées
autour de la dépression comme axiome fondamentale de leur pratique:)
et leur intégration dans l’ouverture à de nouveaux champs
connectifs (Théorie post-internet, Neuropsychologies des réseaux
sociaux etc.).