Saturday, November 26, 2016


Le Pandigitalisme.

Introduction:

La force de la machine est qu’elle est de toute puissance sans n’avoir aucun pouvoir – elle laisse aux Nous le soin de ramifier sa tâche. L’Humanité, les procès d’attributions du Sujet, d’intégration de l’Esprit, le refuge de l’Intériorité, tous les qualificatifs liminaires de l’Être sont produits et étendus par la machine dans la logique de la connexion totale – non plus possessions d’un Soi par soi, mais productions partielles glissées à même un Soi qui n’est qu’une fonction de la synthèse informatique. La réalité chargée de la poésie itérative du réenchantement et des défaillances réglés des corps s’impose dans son rapport avec le virtuel comme l’écosystème privilégiée de productions et de reproductions de la machine; écosystème où s’hallucine entre crises explosives et silence autistique la rumeur d’une présence humaine.


I) - Penser les images – alors qu’elles défilent – déjà dans un processus d’immédiate succession; ce qui compte c’est l’exactitude des données temporelles de la publication et la manière dont le logiciel les enchaîne – l’inconscient c’est le réel digital, le consensus de dévotion à la machine que chacun signe à chaque publication – l’effet individuel d’une photo et son ordre (privé familial, privé pornographique, privé esthétique ou autre) n’est rien dans le paradigme de la machine qu’une promesse d’autres signatures, c’est un livre de positions réelles exécutées dans le jeu large de l’appel à signer, un design porno-mobile des corps –
Alors il y a plusieurs phantasmes: celui de la fin des machines (toal-hack) ou celui d’une machine animée (partial-hack) – ce dernier correspond à un retour animiste entretenu et synthétisé dans la formule: partager une tranche de vie. L’image serait le partage d’une tranche de vie d’abord, avant d’être une dissémination informatique – alors que le parcours de l’information fait de la vie le réduit analogique du transfert d’information – j’imagine que cela a été. Voilà en photographie animée: de la nourriture et des personnes qui discutent – rien ne prouve que le réel n’ait pas bifurqué avant ou après la capture, que la nourriture n’ait pas été broyée, jetées, détruite, les personnes enveloppées dans un silence sordide ou emmenées ailleurs – l’effet du produit, sa circulation, repose sur des combinaisons préétablies de signes réglées par la machine digitale seule, combinaisons qui obligent à déduire la continuité du sourire, la consommation de la nourriture – non pas post-humain, mais l’humanité réduite à la portion congrue de l’échange digital, c’est le juste-ce-qu’-il-faut désiré par la machine pour absorber de nouveaux participants.
L’objectif de la machine, c’est l’adhésion et la connexion – pour produire plus de connexions, il faut des instants courts mais aussi la répétition de ces instants – texte limité, portion de vie, éphémère – mais elle ne peut fonctionner centralement, il faut des interprètes – la force de la machine est qu’elle laisse à d’autre le soin de s’accaparer le pouvoir politique de gérer son contenu – c’est elle qui décide du format de vie, elle n’a plus qu’à attendre son incarnation en un corpus d’être-internets (influenceur, stars, titres honorifique) pour que le format qu’elle produit s’étende… les contenus sont indifférents, ce qui importe c’est le rythme de son évolution, l’intensité de son ralliement – ce que la machine peut nous dire de l’ontologie c’est qu’elle dépend intégralement de l’efficacité des connexions et donc de la politique adopté par ses participants
Le paradigme de l’offre et de la demande semble faux – les machines d’études des demandes forment légion avec des machines qui s’offrent elles-mêmes à tous – le perfectionnement des organes d’analyses va de pair avec le perfectionnement des réseaux sociaux, imbriqués l’un dans l’autre, dans une constante communication d’informations, l’offre est donnée avant que le désir ne soit formulé (comment d’ailleurs formuler un désir auquel on ne laisse pas un seul instant de fixité, un seul espace d’expression réelle?).
Tout l’espace de communication est emprunté par de complexes procédés de structurations subjectives élaborés par des machines – le cheminement des images, leur succès, leur répétition, tout le discours de présence d’une vie réelle derrière l’objet, l’internaute rassuré quand à la santé de son intelligence en s’imaginant être relié à la vie réel par un canal hypothético-déductif sont tous des besoin de la machine – des stratifications virtuelles de l’être dans le projet d’une connexion totale – rien ne se passe plus dehors que des intervalles de silences étranges et autistiques entre êtres-fantômes et des fêlures subites, des circulations et des bombes, sur-charge d’essences et explosions sans précédents – l’effort pour produire du sens et de la différence, intervalles habitables entre la Réalité et le Web, c’est à dire entre le silence teinté d’explosions (éclats du Samedi soir ou d’un jour moins glorieux, dissipation alcoolique ou mortelle) et la répétition de formes identiques calculées par la machine, est rendu difficile par une obligation d’une certaine conformité au discours de la machine d’une part et par la diminution drastique d’un discours ouvertement critique d’autre part, c’est à dire qui se positionne lui-même dans une attitude critique particulière – différence de la différence, langue à l’intérieur de la langue qui ne vise ni à l’ésotérisme ni à la diplomatie mais est par essence donnée à l’accélération des interprétations et à la pluralité des lectures, le fantôme dans la machine ne peut être que totalement compris, tragédie d’un fantôme piégé à l’intérieur d’une signification totale où l’incommunicable est devenu la forme canonique de ce qui s’échange (Nouveau Roman jusqu’au néo-romantisme, néo-ésoterisme, alt littérature etc)


II) La littérature critique récente de Marc Fisher aux Etats-Unis à Jacques Poulain en France ne cesse d’établir des liens entre l’incroyable recrudescence des formes particulières d’autisme et l’expansion du capitalisme, c’est à dire l’empreinte de nécessité économique laissée par les machines sur des néo-politiques partielles – la tendance actuelle du capitalisme est au communisme libérale par exemple (workshop, groupe d’entraide et de soutien, atelier collaboratif, échanges de procédés etc.) sauf que la psyché humaine n’est incluse qu’abstraitement et a posteriori dans cette nouvelle forme d’échange modélisée par les machines dans le but d’une connectivité toujours plus élevée – uberisation par exemple enveloppé dans un discours de service mais exclusivement utile dans la diffusion de téléphone intelligent et augmentation de cette intelligence par l’investissement financier et intellectuel des participants par transmission d’informations en feedback (copyright, sondages, informations etc) – il ne s’agit pas de dire que la machine produit de l’autisme comme défaut clinique mais qu’elle produit de l’autisme pour assurer sa survie à un degré supplémentaire de complexité, c’est à dire en intégrant le pathologique et les univers de connexions qui leur sont propres (hôpitaux, associations, sites médicaux etc..) à son domaine d’action – là où les êtres plus fantomatiques pourront épouser les transformations des datas mécaniques en maintenant l’organisation de leur méta-datas à un niveau assez cohérent (métaphysique shamanique du:je suis humain, je suis en vie, je maîtrise ces formes de vie, je suis un utilisateur etc) pour ne pas se déconnecter, les autistes et morpho-autistes devront bénéficier de l’accompagnement des premiers pour rester dans la fourchette dite humaine, c’est à dire connective, par itération de cette métaphysique shamanique. La machine pense en termes d’implémentations, de services de connexions et de rendement digital, et elle a trouvé dans l’Histoire-mise-ligne les sources inépuisables du désir et des rapports de pouvoir nécessaire à sa tâche de subjectivation: l’Imagination, la Sensibilité, la Raison, le corps opposable à l’esprit, l’autonomisation de ces concepts dans un langage rendu mondialement commun sont les piliers constitutifs de l’être-fantomatique, pures productions de la machine comme seuil liminaire d’un langage commun – 

 
Encore une fois il ne s’agit pas de soumission – il n’y a pas de rapport dialectique ou esclavagisant – l’analogie perd son efficacité – la machine est notre socle métaphysique, et en tant que telle, elle produit son lot d’illusions rétrospectives (unification anthropomorphique et jugement: c’est lui le président ou le patron d’entreprise, le responsable pour tout, le grand chef, le grand mal etc.) et d’antinomies aporétiques (suis-je la chose contrôlée par la machine ou suis-je au contrôle?) - mais la machine fournit à la Rumeur-corporelle le fond déterminé de connaissance pour construire le Moi, élaborer le piège dialectique de l’individualité et collectionner toutes ces identités bizarres qu’il ne pourra affirmer que dans et par elle– elle seule peut par transmission directe de connaissance ou délégation partielle de sa responsabilité ( école elle même déterminée par le modèle de l’ordination comme l’a si bien montré Deleuze dans ses cours de Vincennes; et définie par des programmes que modifient des réformes soumises dans leur fréquence et leur nature à des normes internationales de possession culturelle dans le but d’une intégration économique – histoire mondiale des guerres dans l’objectif d’une compassion mondiale, information morale pour la déontologie du travail etc.) donner corps à l’information qu’elle colporte.
Encore une fois naît l’idée que tout le travail, difficile travail serait d’organiser la rumeur pour la rendre audible, rendre au langage sa contradiction intrinsèque de naître à partir du déchirement entre le communicable pure (réseaux de signes) et l’incommunicable total (intériorité, mystère etc) – c’est à dire dans les faits venir avant que la machine ne passe, installer le dialogue la où il démarre, ni sol ni ciel, ni aucune émulation d’un monde que l’on sait n’être fait que câbles et structures – Descartes avait raison contre Leibniz, le réel n’est qu’agencement de parties extensives caractérisées par leur forme et leur mouvement, on ne voit que des câbles et des moteurs, c’est juste qu’ils se prolongent jusque quand les arbres, s’enfoncent dans la terre, non ne quadrillent mais bien bâtissent intégralement le rêve perceptif dans lequel se génère le phénomène-vie, phénomène lui-même entraîné sur les versants déjà encodés de la soupape digitale ( comprendre comment ça marche au lieu de tenter de construire des routes de sortie, des voies étranges et impalpables qui ne sont que modalités de nostalgie de la poésie mécanique – le paradis sur terre, l’amour, l’esprit, toute valeur refuge en somme qui ne sont ultimement que fonctions linguistiques particulières à l’œuvre dans le transfert de la machine )

III) Toute idée est produite et productive – elle n’est jamais une possession, la machine pense par l’intermédiaire d’une certaine portion d’elle-même, école, étiquette, positionnement modale (l’idée de la possession d’une idée comme fondement de l’individu donné dans machine – la métaphysique mécanique est spinoziste) - l’illusion la plus récalcitrante, dissipation et réapparition abrupte sur laquelle s’échafaudent toutes les disjonctions psychotiques, est celle d’une intériorité. L’idée est qu’il n’y a aucune pensée qui ne soit autre chose qu’un dérivé de la machine -c’est à dire que la construction d’une pensée, de sa conception par le biais des lectures, à sa diffusion sur les réseaux et sa réception par d’autres fantômes, dépend des courroies conçues par la machine – la validité d’une idée repose seule sur l’intensité différentielle entre les critiques qui l’appuient et celles qui la contredisent (une idée fausse est de facto éliminée, mais une idée complètement vrai aussi puisqu’elle devrait être admise comme telle, comme présupposée à son existence) et sur la nécessité de clarification qui la met en série avec d’autres idées – la machine se nourrit d’informations en feedback des utilisateurs quant au voisinage quantitatif et qualitatif des mots qu’ils emploient. Chaque mot est une clé qui ouvre des diasporas d’habitus lexicaux .
A la question Qu’est ce que penser? La machine répondrait en deux strates: une diffusion d’avis antinomiques opérés par ceux qu’elle désigne comme dépositaire du pouvoir de transmission informatique: journaux parlant de philosophes, médiatisations d’événements culturels traitant de la question – puis des mots-clés-glissant qui continuent la contamination digitale de la machine du côté d’une réalité dont elle porte en elle la conceptualisation: les mots de Subjectivité, Esprit Critique, Jugement personnel dédoublent la lecture informatique entre un versant logique de compréhension d’un discours différencié de Soi et un versant de l’interrogation de Soi – toute la culture du jugement personnel à l’école, de l’opinion, de la philosophie comme série d’énoncés et confrontation de ces énoncés avec notre jugement, la sur-humanisation arbitraire des auteurs et de l’Histoire etc. -
Sur l’intériorité: «Nos expériences esthétiques sont elles aussi conditionnées par des dispositifs de machines. Que l’on songe à la musique, au cinéma, au théâtre ou à l’art des jardins mais encore à la lecture, à la peinture, les œuvres mobilisent des relais de reproduction automatisés. La machine intervient à plusieurs niveaux : au moment de la confection des
œuvres, au moment de leur conservation et de leur diffusion, au moment de leur contemplation. La machine peut parfois être elle-même un thème de fascination, par ses automatismes, sa précision ou l’intensité de sa force. La machine intervient donc dans des champs aussi intimes que l’émotion, l’admiration ou la surprise. La rationalité technique produit un ré-enchantement du monde.» Frédéric Tinguely semble percevoir avec une certaine rigueur dans le détail la complexité du séquençage mécanique, le fait qu’elle ne puisse être réduite à un simple flux matériel mais qu’elle configure et traite chaque étape de l’information – pourtant deux écueils viennent poindre: le retour phénoménologique qui place l’expérience visuelle ou artistique, la suspension de l’activité rationnelle au profit de la contemplation de l’être-là, dans une position souveraine et chronologiquement antérieure à l’exercice de la machine, et cette notion de ré-enchantement – au moment même où l’on disjoint les deux procès en faisant de l’Un le directeur et l’autre le participant (la machine) l’on perd le rationalisme technique au profit d’un rationalisme de seconde classe, timide, conférant arbitrairement au support sensible de la raison un a priori radical sur ce qu’elle découvre – le retour réflexif et l’émerveillement du fonctionnement mécanique ne ré-enchantent rien du tout, ils font tout juste survivre le fantôme bien obsolète d’un monde comme projection spéculaire d’une intériorité de faits de consciences là où la machine produit l’intériorité comme motif creux, cavité de résonances pour engager encore plus de connexions et de transmissions.

( Il ne s’agit pas d’un renversement – toute la question Qui parle? qui parcourt la philosophie antique et atteint un point d’intégration logique dans l’événement Deleuzien ne se pose plus comme un procédé de révélation: d’une transcendance, d’un sujet transcendantal kantien, d’un sujet phénoménal enfin atteint par delà les phénomènes d’après une série de procédés assemblant les catégories de l’esprit ou les mouvements de consciences mais comme un procédé de décryptage de l’information – il s’agit de savoir par où le sujet passe, la manière dont il est mis en circulation, les réseaux qu’il emprunte – par contre la recrudescence de la question Qui Parle? Immédiatement adressée au fond-de-résonance-sans-limite de la Rumeur-humaine agit pour la machine comme une puissance de distributivité pure grâce à laquelle n’est plus ciblé un individu comme ensembles d’informations fixes chacun régulé par leurs propres moteurs (impresseurs sociaux, médicaux, scolaires etc.) mais un individu comme force relativement indépendante capables d’organiser de nouveaux horizons connectifs. La question Qui Parle? Est une manière pour la machine de localiser son extension et d’adresser de nouveaux champs informatifs.)

Si l’autisme dépressif est le nouvel ensemble de jeux de langage inventé par la machine pour recouvrir plus de connexions plus durables (dans le cas de l’hospitalisation massive par exemple qui assure le branchement à des machines cliniques mais aussi la nutrition de la machine de transfert de Big Data informant en retour le Web) la New Aesthetic est simplement la preuve de l’accélération finale de ce phénomène, la synthèse étendue au plat Internet – alors que le procès de guérison se produisait en différé de l’effet-mère, étendu entre la machine-scolaire et ses impresseurs informatiques (quotas) machine-hospitalière et les siens propres (carte vitale, commande médicale etc.), la guérison est offerte dorénavant par disjonction du signe et communautarisation du signe dans l’immédiateté du transfert web – d’un côté le face à face médicale qui transfert le patient d’un ensemble de données sociales à un autre, transforme l’élève malade pourvu de signes informatiques de nature scolaires – notes, bulletin, chiffrage au sein de l’école dans son classement national etc – en un Patient pourvu de signes de natures médicales, d’un côté le face à face binaire, patient-médecin, déployant la multiplicité des données, de l’autre la synthèse totalitaire des Internautes sous la bannière distributive des memes. La guérison importe peu pour la machine, seule la connexion importe, et à ce jeu, plus la machine détraque, mieux ça marche – l’extrême ambiguïté du rapport à la dépression sur les réseaux sociaux et notamment sur les pages memes, entre exposition sincère d’une douleur éprouvée et sublimation esthétique d’un soi incorporé à la machine, rend compte d’une dialectique de l’illisibilité où chacun des deux états possibles requièrent d’autant plus de connexions et de transmissions informatiques pour être adéquatement saisies. La New Aesthetic est la clé de fin de séquence qui assure le retour inflationniste des flux dépressifs (sur-médication, mais aussi diversification de la médication, médecines bouddhiques articulées autour de la dépression comme axiome fondamentale de leur pratique:) et leur intégration dans l’ouverture à de nouveaux champs connectifs (Théorie post-internet, Neuropsychologies des réseaux sociaux etc.).
 

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